Alors que la course mondiale à l'intelligence artificielle est largement dominée par les géants américains et chinois, la Suisse poursuit une stratégie différente : développer une IA ouverte, transparente et accessible à tous. Avec le lancement d'Apertus 1.5, les équipes de l'EPFL, de l'ETH Zurich et du Centre suisse de calcul scientifique (CSCS) franchissent une nouvelle étape dans cette ambition, portée par la Swiss AI Initiative.
Plus qu'une nouvelle version d'un modèle de langage, Apertus représente une vision européenne de l'intelligence artificielle, fondée sur la transparence, la collaboration scientifique et la souveraineté numérique.
Une alternative aux modèles propriétaires
Contrairement aux modèles commerciaux dont les données d'entraînement, le code ou les méthodes de développement restent largement confidentiels, Apertus est publié sous licence open source. Les chercheurs, les entreprises et les administrations peuvent examiner son fonctionnement, l'adapter à leurs besoins et le déployer dans leurs propres infrastructures.
Cette approche répond à une préoccupation croissante en Europe : réduire la dépendance aux plateformes étrangères pour les applications critiques impliquant des données sensibles ou stratégiques.
Une version 1.5 plus performante
Cette nouvelle version apporte plusieurs évolutions importantes. Apertus 1.5 est désormais capable de comprendre non seulement du texte, mais également des images et des contenus audio. Les chercheurs annoncent également des progrès en matière de raisonnement, de suivi des instructions et d'utilisation d'outils externes, des capacités devenues essentielles dans les assistants IA de nouvelle génération.
Le modèle continue d'être entraîné sur le supercalculateur Alps, installé au CSCS à Lugano, l'une des infrastructures de calcul les plus puissantes d'Europe.
Des usages déjà concrets
L'intérêt d'Apertus ne se limite pas au monde académique. Plusieurs organisations suisses l'utilisent déjà dans des projets opérationnels.
Dans le canton du Tessin, le modèle permet de traduire des documents administratifs sensibles en interne, sans recourir à des services cloud commerciaux. Dans le domaine de la santé, il sert de base au projet MeditronFO, dédié au développement de modèles spécialisés pour les applications médicales. Le secteur des médias s'en empare également : le journal en ligne Bajour exploite Apertus pour analyser les débats parlementaires et assister ses journalistes dans leurs recherches documentaires.
Ces exemples montrent que les modèles ouverts peuvent répondre à des besoins réels tout en garantissant un meilleur contrôle des données.
Une dynamique soutenue par de nouveaux investissements
Le développement d'un modèle de langage de cette ampleur nécessite des ressources considérables : puissance de calcul, infrastructures, équipes de recherche et cycles d'entraînement continus.
La poursuite du projet Apertus s'appuie sur un renforcement des moyens alloués à la Swiss AI Initiative, avec l'objectif de publier régulièrement de nouvelles versions toujours plus performantes et d'étendre les capacités du modèle dans les années à venir. Cette feuille de route traduit la volonté de construire une infrastructure d'IA durable, pensée comme un bien commun au service de la recherche, des administrations et des entreprises.
Un signal fort pour l'Europe
L'émergence d'Apertus intervient à un moment où l'Europe multiplie les initiatives en faveur de sa souveraineté numérique. Les investissements dans les infrastructures de calcul, les modèles ouverts et les projets collaboratifs se renforcent afin de créer des alternatives crédibles aux solutions dominantes venues des États-Unis ou de Chine.
Pour les PME européennes, cette évolution est particulièrement intéressante. Un modèle ouvert permet de développer des applications métier tout en conservant la maîtrise des données, un critère de plus en plus important dans les secteurs réglementés ou sensibles.
Une vision différente de l'intelligence artificielle
Apertus ne cherche pas nécessairement à rivaliser immédiatement avec les modèles commerciaux les plus puissants. Son objectif est ailleurs : proposer une base technologique fiable, transparente et évolutive sur laquelle chercheurs, entreprises et institutions publiques peuvent bâtir leurs propres solutions.
Cette philosophie reflète une approche européenne de l'innovation, où la performance s'accompagne d'exigences de transparence, de gouvernance et de confiance.
Dans un contexte où l'intelligence artificielle devient un enjeu stratégique pour la compétitivité des entreprises, des initiatives comme Apertus démontrent que l'Europe peut jouer un rôle majeur en développant une IA ouverte, collaborative et adaptée aux besoins de son tissu économique.