L'actualité suisse vient d'offrir une démonstration éclatante d'une tendance fondatrice pour l'avenir de l'intelligence artificielle : la reprise en main de la souveraineté des données.

Susanne Wille, la nouvelle directrice générale de la SRG SSR, a annoncé une décision forte : le blocage immédiat des crawlers et bots d’entraînement des géants américains de l’IA (OpenAI, Google, Anthropic, etc.) sur l'ensemble des plateformes et archives du groupe audiovisuel public.

Mais la démarche ne s’arrête pas à une simple interdiction. La SRG a fait le choix de mettre la plus grande banque de données audiovisuelles du pays au service exclusif d’Apertus, le modèle de langage souverain et open-source développé conjointement par l’ETH Zurich et l’EPFL.

Ne plus financer gratuitement les modèles de Big Tech

Pendant plusieurs années, les géants américains de la tech ont entraîné leurs modèles fondamentaux en aspirant sans contrainte l'ensemble du Web mondial. Pour la SRG, cette époque est révolue.

« Nous ne pouvons plus tolérer la fuite incontrôlée de nos données. L'archive de la SRG est le plus grand ensemble de données audiovisuelles de notre pays. Elle appartient aux Suissesses et aux Suisses qui l'ont financée », rappelle Susanne Wille.

Ce constat met en lumière une réalité économique et stratégique fondamentale : la donnée de qualité est le véritable carburant de l’IA. La céder sans contrepartie ni contrôle équivaut à déposséder les collectivités et les entreprises de leur patrimoine numérique au profit de monopoles privés étrangers.

Apertus : L'essor d'un modèle adapté au contexte local

En confiant la totalité de ses archives à l'ETH Zurich et à l'EPFL pour le projet Apertus, la SRG ne fait pas seulement un acte de résistance : elle bâtit un avantage technologique décisif.

Comme le souligne Imanol Schlag, co-responsable d’Apertus, l’intégration d’un tel corpus permettra au modèle suisse d'acquérir une compréhension fine du contexte culturel, historique, politique et linguistique du pays — une finesse qu’aucun modèle générique comme ChatGPT, Gemini ou Claude ne pourra rivaliser sur ce périmètre.

Cette alliance démontre que la souveraineté numérique ne repose pas sur le reniement de l'IA, mais sur le développement d'outils transparents, locaux, éthiques et maîtrisés.

Quels enseignements pour les entreprises et les PME ?

Bien que cette décision émane d'un média public d'envergure, elle contient des leçons cruciales pour l'ensemble des dirigeants d'entreprises :

1. Protégez vos données métier

Vos bases de données, vos documentations techniques, votre savoir-faire et vos échanges clients constituent votre valeur ajoutée. À l'image de la SRG, chaque entreprise doit se poser la question : nos données alimentent-elles à notre insu des modèles tiers ?

2. Privilégiez des architectures souveraines et maîtrisées

Pour déployer des outils d'IA utiles au quotidien (automatisation, analyse prédictive, assistants internes), les PME n'ont pas besoin d'envoyer leurs secrets d'affaires dans des « boîtes noires » hébergées hors d'Europe. Le recours à des modèles ouverts, hébergés localement ou sur des clouds souverains, garantit la sécurité et la conformité réglementaire.

3. Exigez la gouvernance et la transparence

L'adoption de l'IA en entreprise doit s'inscrire dans un cadre structuré. L'alignement sur des normes de gouvernance comme ISO 42001 ou ISO 27001 permet d'exploiter la puissance de l'IA sans compromettre la sécurité des données ni violer les règles du RGPD ou de la LPD.

Le mot de Kloon

Chez Kloon, nous défendons depuis toujours une approche responsable, robuste et souveraine de la technologie. L'initiative de la SRG et de l'écosystème académique suisse confirme notre conviction : l'avenir appartient aux solutions d'IA qui respectent la propriété des données, garantissent la transparence et répondent avec précision aux réalités locales des entreprises.